La Chine n’attire plus comme avant. En 2023, les investissements directs étrangers (IDE) nets dans le pays sont tombés à leur plus bas niveau depuis trente ans. Pékin réagit en redéployant son appareil productif à l’étranger. Selon le Rhodium Group, les investissements chinois de construction ont atteint 16 milliards de dollars la même année, soit une progression de plus de 100 % par rapport à 2021. Ce sont désormais les fabricants chinois – BYD dans l’automobile, CATL dans les batteries – qui ouvrent des usines en Hongrie, au Brésil, au Maroc ou au Mexique, pour contourner les barrières douanières et sécuriser leurs débouchés.Cette stratégie se lit aussi dans l’électronique. TCL, Haier ou Huawei multiplient les implantations locales dans des pays considérés comme sûrs politiquement. L’Inde, malgré sa taille et son potentiel, en est sciemment exclue. Pékin freine l’exportation de technologies stratégiques vers son voisin – panneaux solaires, composants électroniques, pièces de rechange industrielles… – tout en décourageant activement ses entreprises d’y investir.Dans le secteur du BTP, des équipements destinés à des projets indiens sont bloqués à la frontière, comme ceux de la société allemande Herrenknecht, leader mondial des tunneliers, dont les machines sont fabriquées en Chine. Même Apple, pourtant jugé stratégique par Pékin, a vu son sous-traitant Foxconn entravé dans ses projets d’extension en Inde : matériel bloqué en douane, ingénieurs chinois rappelés, retards imposés. Les constructeurs automobiles chinois ont reçu, eux, pour consigne de geler tout projet d’usine dans le sous-continent. Tout ceci malgré un apparent réchauffement diplomatique, le Premier ministre Narendra Modi et le président Xi Jinping s’étant affichés ensemble à Johannesburg en 2024, dans un geste de détente bilatérale.Un rapprochement de l’Inde et de l’EuropeAu-delà des mauvaises manières chinoises, l’Inde peine à concrétiser ses propres ambitions manufacturières. Le programme PLI (Production Linked Incentive) lancé en 2020 devait générer une dynamique d’investissement local massif. Dans les faits, la part de l’industrie manufacturière dans le PIB indien stagne autour de 15 %, bien en deçà des objectifs fixés à 25 %. L’essentiel des progrès s’est concentré dans l’électronique, notamment les smartphones, l’Inde étant passée de 9 % de la production mondiale en 2016 à 19 % en 2025. Mais ces chiffres sont trompeurs.Il s’agit majoritairement d’assemblage, avec une forte dépendance aux composants importés. L’écosystème reste incomplet, les chaînes d’approvisionnement fragmentées, les infrastructures inégales. Le Vietnam, 14 fois moins peuplé, affiche une balance commerciale nette de plus de 100 milliards de dollars en électronique, contre un déficit de 36 milliards de dollars pour l’Inde.Ce que peu de gens comprennent, c’est que les multinationales américaines et européennes sont aussi venues sur le marché chinois pour y faire des profits. Environ 350 milliards de dollars de revenus annuels sont issus de leurs investissements directs. Apple a généré plus de 200 milliards de dollars de résultat opérationnel en Chine sur la dernière décennie. General Motors, pour sa part, a investi moins de 1 milliard de dollars dans ses coentreprises chinoises, pour un profit net de 17 milliards de dollars. A l’opposé, l’Inde est réputée pour ses tracasseries administratives à l’encontre des entreprises étrangères comme Vodafone, visée par une rétro-imposition fiscale sur son rachat des parts de Hutchison Telecom en 2007, ou encore Xiaomi, dont les fonds sur le territoire indien ont été gelés pendant plusieurs années.D’un point de vue géopolitique, l’Europe considère l’Inde comme un point d’appui stratégique majeur. En 2024, Emmanuel Macron s’est rendu dans le pays. Il y retournera l’an prochain. Narendra Modi est venu, lui, pas moins de cinq fois en France depuis 2017. En février dernier, c’est Ursula von der Leyen qui a fait une visite officielle avec pour objectif d’ancrer le partenariat stratégique euro-indien et de signer un accord de libre-échange majeur d’ici la fin d’année. Il y a du travail. Devant le Sénat, Florent Menegaux, le président de Michelin, s’est offusqué récemment que l’indien BKT puisse vendre ses pneus pour engins agricoles en Europe, alors que les exportations vers l’Inde sont, elles, interdites.Robin Rivaton est directeur général de Stonal et membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol)
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Author : Robin Rivaton
Publish date : 2025-04-05 07:00:00
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