Le monde a appris peu avant 14 heures [NDLR : heure de la côte Est aux Etats-Unis], le 15 mars, que les États-Unis bombardaient des cibles houthies à travers le Yémen. Cependant, deux heures avant que les premières bombes n’explosent, je savais que l’attaque était imminente. La raison pour laquelle je le savais, c’est que Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense, m’avait envoyé par texto le plan de guerre à 11h44. Le plan comprenait des informations précises sur les armes, les cibles et le calendrier.Cela nécessite quelques explications.L’histoire commence techniquement peu après l’invasion du sud d’Israël par le Hamas, en octobre 2023. Les Houthis, une organisation terroriste soutenue par l’Iran, dont la devise est “Dieu est grand, mort à l’Amérique, mort à Israël, malédiction sur les juifs, victoire à l’islam”, ont rapidement lancé des attaques contre Israël et contre le transport maritime international, provoquant des ravages dans le commerce mondial. Tout au long de 2024, l’administration Biden s’est montrée inefficace dans la lutte contre ces attaques houthistes ; l’administration Trump, qui venait d’entrer en fonction, a promis une réponse plus ferme.C’est là que Pete Hegseth et moi entrons en scène.Le mardi 11 mars, j’ai reçu une demande de connexion sur Signal d’un utilisateur identifié comme étant Michael Waltz. Signal est un service de messagerie cryptée open source populaire auprès des journalistes et d’autres personnes qui recherchent une plus grande confidentialité que ce que les autres services de messagerie texte sont capables d’offrir. J’ai supposé que le Michael Waltz en question était le conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump. Je n’ai cependant pas pensé que la demande provenait réellement du véritable Michael Waltz. Je l’ai rencontré par le passé et, bien que je n’aie pas trouvé particulièrement étrange qu’il puisse me contacter, j’ai trouvé cela quelque peu inhabituel, étant donné la relation conflictuelle de l’administration Trump avec les journalistes – et la fixette permanente de Trump à mon égard en particulier. Il m’est immédiatement venu à l’esprit que quelqu’un pouvait se faire passer pour Waltz afin de me piéger d’une manière ou d’une autre. Il n’est pas rare de nos jours que des acteurs malveillants tentent d’inciter des journalistes à divulguer des informations qui pourraient ensuite être utilisées contre eux.J’ai accepté la demande de connexion, en espérant qu’il s’agissait bien du conseiller à la sécurité nationale et qu’il souhaitait discuter de l’Ukraine, de l’Iran ou de quelque autre sujet important.Deux jours plus tard, le jeudi, à 16h28, j’ai reçu une notification m’informant que j’allais être ajouté à un groupe de discussion Signal. Il s’appelait “Houthi PC small group” (“Groupe restreint du comité des hauts responsables sur les Houthis”).Un message adressé au groupe, provenant de “Michael Waltz”, disait ceci : “Équipe – mise en place d’un groupe de responsables [sic] pour la coordination sur les Houthis, en particulier pour les prochaines 72 heures. Mon adjoint, Alex Wong, est en train de constituer une équipe d’experts au niveau des adjoints/chefs de cabinet de l’agence, à la suite de la réunion de ce matin dans la Situation Room [NDLR : salle de crise de la Maison-Blanche] pour les actions à mener, et il l’enverra cela plus tard dans la soirée.”Le message se poursuivait ainsi : “Veuillez nous fournir le meilleur point de contact (POC) au sein de votre équipe pour que nous puissions assurer la coordination au cours des prochains jours et pendant le week-end. Merci.”Le terme “comité des directeurs” désigne généralement un groupe composé des plus hauts responsables de la sécurité nationale, dont les secrétaires à la Défense, aux Affaires étrangères et au Trésor, ainsi que le directeur de la CIA. Il va sans dire, mais je le dirai quand même, que je n’ai jamais été invité à une réunion du comité des directeurs à la Maison-Blanche et que, au cours de mes nombreuses années à couvrir les questions de sécurité nationale, je n’avais encore jamais entendu parler d’une telle réunion convoquée via une application de messagerie commerciale.Une minute plus tard, une personne identifiée uniquement par “MAR” (le secrétaire d’État étant Marco Antonio Rubio) a écrit : “Mike Needham pour l’État”, désignant apparemment le conseiller actuel du département d’État comme son représentant. Au même moment, un utilisateur de Signal identifié comme “JD Vance” a écrit : “Andy Baker pour le vice-président”. Une minute plus tard, “TG” (vraisemblablement Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national, ou quelqu’un se faisant passer pour elle) a écrit : “Joe Kent pour le DNI”. Neuf minutes plus tard, “Scott B” – apparemment le secrétaire au Trésor Scott Bessent, ou quelqu’un usurpant son identité, a écrit : “Dan Katz pour le Trésor”. À 16h53, un utilisateur appelé “Pete Hegseth” a écrit : “Dan Caldwell pour le DoD”. Et à 18h34, “Brian” a écrit “Brian McCormack pour le NSC”. Une autre personne a répondu : “John Ratcliffe” écrivit à 17h24 le nom d’un responsable de la CIA à inclure dans le groupe. Je ne publie pas ce nom, car cette personne est un agent de renseignement en activité.Les principaux responsables étaient apparemment réunis. Au total, 18 personnes étaient répertoriées comme membres de ce groupe, dont divers responsables du Conseil national de sécurité, Steve Witkoff, l’envoyé spécial du président Trump pour le Moyen-Orient et l’Ukraine, Susie Wiles, la directrice de cabinet de la Maison-Blanche, ainsi qu’une personne identifiée uniquement comme “S M”, que j’ai supposée être Stephen Miller. Je n’apparaissais sur mon propre écran que sous l’abréviation “JG”.Ce fut la fin de la chaîne de messages du jeudi.”Je pense que nous faisons une erreur”Après avoir reçu le message de Waltz concernant le “Groupe restreint du comité des hauts responsables sur les Houthis”, j’ai consulté plusieurs collègues. Nous avons évoqué la possibilité que ces textes fassent partie d’une campagne de désinformation, orchestrée soit par un service de renseignement étranger, soit, plus probablement, par une organisation spécialisée dans la déstabilisation des médias, le genre de groupe qui tente de piéger les journalistes et qui y parvient parfois. J’avais de très sérieux doutes quant à l’authenticité de ce groupe de discussion, car je ne pouvais pas croire que les responsables de la sécurité nationale des États-Unis communiqueraient via Signal au sujet de plans de guerre imminents. Je ne pouvais pas non plus croire que le conseiller à la sécurité nationale du président serait assez imprudent pour inclure le rédacteur en chef de The Atlantic dans de telles discussions avec des hauts responsables américains, jusqu’au vice-président lui-même.Le lendemain, les choses prirent une tournure encore plus étrange.Le vendredi 14 mars, à 8h05, “Michael Waltz” envoya un message au groupe : “Equipe, vous devriez avoir une déclaration de conclusions avec les tâches assignées conformément aux directives du Président de ce matin dans vos boîtes de réception High Side.” (Dans le jargon gouvernemental, “High Side” fait référence aux systèmes informatiques et de communication classifiés.) “Pour État et DOD [NDLR : Pour le Département d’État et la Défense], nous avons élaboré des listes de personnes à notifier pour les alliés et partenaires régionaux. L’état-major interarmées enverra ce matin une séquence plus précise des événements à venir et nous travaillerons avec le DOD pour nous assurer que le COS, l’OVP et le POTUS sont informés [NDLR : les chefs de cabinet, le vice-président et le président].”À ce stade, une discussion stratégique fascinante s’est engagée. Le profil intitulé “JD Vance” répondit à 8h16 : “Équipe, je suis absent aujourd’hui pour participer à un événement économique dans le Michigan. Mais je pense que nous faisons une erreur.” (Vance était effectivement dans le Michigan ce jour-là.) Le compte Vance poursuit en déclarant : “3 % du commerce américain transite par le canal de Suez. 40 % du commerce européen également. Il y a un risque réel que le grand public ne comprenne pas cela, ni pourquoi c’est nécessaire. La raison la plus forte de le faire est, comme le Président l’a dit, d’envoyer un message.”Le compte de Vance poursuit ensuite en faisant une déclaration surprenante, étant donné que le vice-président ne s’est pratiquement jamais écarté publiquement de la position de Trump sur aucun sujet. “Je ne suis pas sûr que le président soit conscient à quel point cela contredit son message actuel sur l’Europe. Il y a également un risque de voir une hausse modérée à sévère des prix du pétrole. Je suis prêt à me ranger derrière l’avis général de l’équipe et à garder ces préoccupations pour moi. Mais il y a de bonnes raisons de retarder cela d’un mois, d’effectuer le travail de communication sur les raisons pour lesquelles cette opération est importante, évaluer la situation économique, etc.”Une personne identifiée sur Signal comme “Joe Kent” (le candidat de Trump à la tête du Centre national de lutte contre le terrorisme porte ce nom) écrivit à 8h22 : “Rien ne rend le calendrier particulièrement pressant. Nous aurons exactement les mêmes options dans un mois.”Puis, à 8h26, un message est apparu dans mon application Signal, envoyé par l’utilisateur “John Ratcliffe”. Le message contenait des informations qui pourraient être interprétées comme étant liées à des opérations de renseignement réelles et en cours.À 8h27, un message arriva depuis le compte “Pete Hegseth” : “VP : je comprends vos inquiétudes et je soutiens pleinement le fait que vous les partagiez avec le président. Ce sont des considérations importantes, dont la plupart sont difficiles à anticiper dans leurs effets (économie, paix en Ukraine, Gaza, etc.). Je pense que la communication sera difficile quoi qu’il arrive – personne ne sait qui sont les Houthis – c’est pourquoi nous devons rester concentrés sur deux points : 1) Biden a échoué et 2) l’Iran finance.”Le message de M. Hegseth poursuit : “Attendre quelques semaines ou un mois ne change pas fondamentalement le calcul. Il y a deux risques immédiats à attendre : 1) que cela fuite, et que nous semblions indécis ; 2) Israël agit en premier – ou le cessez-le-feu à Gaza s’effondre – et nous ne pouvons pas agir selon nos propres conditions. Nous pouvons gérer ces deux risques. Nous sommes prêts à agir, et si j’avais le dernier mot, je pense que nous devrions le faire. Il ne s’agit pas des Houthis. Je vois cela sous deux angles : 1) Rétablir la liberté de navigation, un intérêt national fondamental ; et 2) Rétablir la dissuasion, que Biden a détruite. Mais nous pouvons très bien faire une pause. Et si c’est ce que nous décidons, je ferai tout ce qui est en notre pouvoir pour garantir une sécurité opérationnelle totale (OPSEC). Je suis preneur d’autres avis.””Je partage votre dégoût pour le parasitisme européen”Quelques minutes plus tard, le compte “Michael Waltz” publia une longue note sur les chiffres du commerce et les capacités limitées des marines européennes. “Que ce soit maintenant ou dans plusieurs semaines, ce seront les États-Unis qui devront rouvrir ces voies de navigation. À la demande du président, nous travaillons avec le ministère de la Défense et le département d’État pour déterminer comment calculer les coûts associés et les répercuter sur les Européens.”Le compte identifié comme “JD Vance” adressa un message à 8h45 à @Pete Hegseth : “Si vous pensez que nous devrions y aller alors allons-y. Je déteste juste devoir encore une fois tirer l’Europe d’affaire.” (L’administration a soutenu que les alliés européens des États-Unis profitent économiquement de la protection des routes maritimes internationales assurée par la marine américaine.)Le conseiller à la sécurité nationale, Mike Waltz, et le ministre de la Défense, Pete Hegseth, à Washington le 14 janvier 2025L’utilisateur identifié comme étant Hegseth a répondu trois minutes plus tard : “VP : je partage entièrement votre dégoût pour le parasitisme européen. C’est PATHÉTIQUE. Mais Mike a raison, nous sommes les seuls sur la planète (parmi les pays alliés) à pouvoir le faire. Personne d’autre ne s’en approche. La question est de savoir quel est le bon moment. J’ai le sentiment que le moment est aussi bon qu’un autre, étant donné la directive du président de rouvrir les voies de navigation. Je pense que nous devrions y aller ; mais le président des États-Unis dispose encore de 24 heures pour prendre une décision.”À ce moment-là, le “S M” jusque-là silencieux se joignit à la conversation. “D’après ce que j’ai entendu, le président a été clair : feu vert, mais nous devons rapidement faire comprendre à l’Égypte et à l’Europe ce que nous attendons en retour. Nous devons également trouver un moyen de faire respecter cette exigence. Par exemple, si l’Europe ne paie pas, que se passera-t-il ? Si les États-Unis parviennent à rétablir la liberté de navigation à grands frais, il faut obtenir un autre avantage économique en retour.”Ce message de “S M” – vraisemblablement Stephen Miller, proche conseiller du président Trump et chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, ou quelqu’un se faisant passer pour lui – mit effectivement fin à la conversation. Le dernier message de la journée fut envoyé par “Pete Hegseth” à 9h46 : “D’accord.”Après avoir lu cette chaîne, j’ai constaté que cette conversation présentait un degré élevé de vraisemblance. Les textes, tant dans leur choix de mots que dans leurs arguments, semblaient bel et bien avoir été rédigés par les personnes censées en être les auteurs, ou alors par un générateur de texte d’IA particulièrement habile. Toutefois, je craignais toujours qu’il s’agisse d’une opération de désinformation ou d’une sorte de simulation. Et je restais perplexe face au fait que personne dans le groupe ne semblait avoir remarqué ma présence. Mais s’il s’agissait d’un canular, la qualité de l’imitation et le niveau de compréhension de la politique étrangère étaient impressionnants.C’est le lendemain matin, le samedi 15 mars, que cette histoire est devenue vraiment étrange.À 11h44, le compte intitulé “Pete Hegseth” a publié dans Signal une “MISE À JOUR DE L’ÉQUIPE”. Je ne citerai pas cette mise à jour, ni certains autres textes ultérieurs. Les informations qu’ils contiennent, si elles avaient été lues par un ennemi des États-Unis, auraient pu être utilisées pour nuire au personnel militaire et au personnel des services de renseignement américains, en particulier au Moyen-Orient, zone de responsabilité du Commandement central. Ce que je dirai, pour illustrer l’insouciance choquante de cette conversation de Signal, c’est que le message de Hegseth contenait des détails opérationnels sur les frappes à venir au Yémen, y compris des informations sur les cibles, les armes que les États-Unis déploieraient et le déroulement des attaques.La seule personne à avoir répondu à la mise à jour de Hegseth était la personne identifiée comme étant le vice-président. “Je vais prier pour la victoire”, écrivit Vance. (Deux autres utilisateurs ont ensuite ajouté un émoji de prière.)Selon le long message de Hegseth, les premières détonations au Yémen allaient être ressenties deux heures plus tard, à 13h45 [heure sur la côte Est américaine]. J’ai donc attendu dans ma voiture sur le parking d’un supermarché. Si ce chat Signal était bien réel, me disais-je, les cibles houthistes allaient bientôt être bombardées. Vers 13h55, j’ai vérifié X et cherché le Yémen. Des explosions se faisaient alors entendre dans toute la capitale, Sanaa.Je suis retourné sur la messagerie Signal. À 1h48, “Michael Waltz” avait fourni au groupe une mise à jour. Encore une fois, je ne citerai pas ce message, si ce n’est pour souligner qu’il a qualifié l’opération de “boulot incroyable”. Quelques minutes plus tard, “John Ratcliffe” écrivit : “Un bon début”. Peu de temps après, Waltz répondit avec trois émojis : un poing, un drapeau américain et du feu. D’autres se sont rapidement joints à lui, dont “MAR”, qui écrivit : “Bon travail Pete et ton équipe !!”, et “Susie Wiles”, qui a envoyé un message : “Félicitations à tous, en particulier à ceux sur le terrain et au CENTCOM (NDLR : Commandement central, l’un des commandements militaires géographiques des forces armées américaines) ! Vraiment génial. Que Dieu vous bénisse.” “Steve Witkoff” répondit avec cinq émojis : deux mains en prière, un biceps fléchi et deux drapeaux américains. “TG” adressa : “Excellent travail et résultats !” La discussion post-opération comprenait des évaluations des dégâts causés, y compris la mort probable d’un individu en particulier. Le ministère de la Santé yéménite, dirigé par les Houthis, a rapporté qu’au moins 53 personnes avaient été tuées lors des frappes, un chiffre qui n’a pas été vérifié de manière indépendante.Dimanche, Waltz est apparu dans l’émission This Week sur ABC et a comparé les frappes à l’approche plus hésitante de l’administration Biden. “Il ne s’agissait pas de petites attaques insignifiantes, de type coup pour coup, qui se sont finalement avérées inefficaces”, a-t-il déclaré. “Il s’agissait d’une réponse écrasante qui a en fait ciblé plusieurs dirigeants houthis et les a éliminés.”J’en suis arrivé à la conclusion que le groupe de discussion Signal était de manière quasiment certaine authentique. Après avoir pris conscience de cela, ce qui semblait presque impossible quelques heures auparavant, je me suis retiré du groupe Signal, sachant que cela déclencherait automatiquement une notification automatique à l’attention du créateur du groupe, “Michael Waltz”, pour l’informer de mon départ. Personne dans le chat ne semblait avoir remarqué ma présence. Et je n’ai reçu aucune question par la suite pour savoir pourquoi je suis parti ou, plus précisément, qui j’étais.Une possible violation de la loi fédéralePlus tôt dans la journée, j’ai envoyé un e-mail à Waltz et un message sur son compte Signal. J’ai également contacté Pete Hegseth, John Ratcliffe, Tulsi Gabbard et d’autres responsables. Dans un e-mail, j’ai exposé certaines de mes questions : Le “petit groupe PC Houthi” est-il un véritable fil de discussion sur Signal ? Savaient-ils que j’étais inclus dans ce groupe ? Ai-je été inclus (par hasard) exprès ? Si non, qui pensaient-ils que j’étais ? Quelqu’un a-t-il réalisé qui j’étais lorsque j’ai été ajouté ou lorsque je me suis retiré du groupe ? Les hauts fonctionnaires de l’administration Trump utilisent-ils régulièrement Signal pour des échanges sensibles ? Les autorités pensent-elles que l’utilisation d’un tel canal pourrait mettre en danger le personnel américain ?Tulsi Gabbard lors d’une audition de la commission sénatoriale du renseignement sur sa nomination au poste de directeur du renseignement national (DNI) au Capitole, le 30 janvier 2025 à WashingtonBrian Hughes, le porte-parole du Conseil national de sécurité, a répondu deux heures plus tard, confirmant la véracité du groupe Signal. “Il semble s’agir d’une chaîne de discussion authentique, et nous examinons comment un numéro a pu y être ajouté par inadvertance”, a écrit Hughes. “Ce fil de discussion témoigne de la coordination politique profonde et réfléchie entre les hauts responsables. Le succès continu de l’opération contre les Houthis démontre qu’il n’y a eu aucune menace pour les troupes ou la sécurité nationale.”William Martin, porte-parole de John Kelly, a déclaré que, malgré l’impression donnée par les messages, le vice-président est entièrement aligné sur le président. “La priorité absolue du vice-président est toujours de s’assurer que les conseillers du président le tiennent suffisamment informé sur la teneur de leurs délibérations internes”, a-t-il affirmé. “Le vice-président Vance soutient sans équivoque la politique étrangère de cette administration. Le président et le vice-président ont eu des discussions ultérieures à ce sujet et sont en parfait accord.Je n’ai jamais vu une faille d’une telle ampleur. Il n’est pas rare que les responsables de la sécurité nationale communiquent sur Signal. Mais l’application est principalement utilisée pour la planification de réunions et d’autres questions logistiques, et non pour des discussions détaillées et hautement confidentielles sur une action militaire en cours. Et, bien sûr, je n’ai jamais entendu parler d’un cas où un journaliste aurait été invité à une telle discussion.Selon plusieurs avocats spécialisés dans la sécurité nationale interrogés par mon collègue Shane Harris pour cet article, Waltz, en coordonnant une action liée à la sécurité nationale sur Signal, pourrait avoir enfreint plusieurs dispositions l’Espionage Act, qui régit la gestion des informations de “défense nationale”. Harris leur a demandé d’envisager un scénario hypothétique dans lequel un haut responsable américain crée un fil de discussion sur Signal dans le but exprès de partager des informations avec des membres du gouvernement au sujet d’une opération militaire en cours. Il ne leur a pas montré les messages réels de Signal ni ne leur a dit précisément ce qui s’était passé.Tous ces avocats ont affirmé qu’un responsable américain ne devrait en aucun cas créer un fil de discussion Signal. Les informations relatives à une opération en cours entrent vraisemblablement dans la catégorie des informations de “défense nationale” définie par la loi. L’application Signal n’est pas approuvée par le gouvernement pour le partage d’informations classifiées. Le gouvernement dispose de ses propres systèmes à cet effet. Si des responsables souhaitent discuter d’activités militaires, ils doivent se rendre dans un espace spécialement conçu à cet usage, appelé SCIF soit sensitive compartmented information facility (“installation protégée pour informations sensibles”, la plupart des responsables de la sécurité nationale au niveau ministériel en ont une installée chez eux – ou communiquer uniquement sur du matériel gouvernemental approuvé, ont précisé les avocats. En général, les téléphones portables ne sont pas autorisés à l’intérieur d’un SCIF, ce qui laisse entendre que, pendant qu’ils partageaient des informations sur une opération militaire en cours, ces responsables se déplaçaient probablement en public. S’ils avaient perdu leurs téléphones ou s’ils s’étaient fait voler, le risque potentiel pour la sécurité nationale aurait été grave.Hegseth, Ratcliffe et d’autres responsables au niveau du gouvernement auraient vraisemblablement le pouvoir de déclassifier des informations, et plusieurs avocats spécialisés dans la sécurité nationale ont fait remarquer que les responsables hypothétiques de la chaîne Signal pourraient prétendre avoir déclassifié les informations qu’ils ont partagées. Mais cet argument sonne creux, ont-ils averti, car Signal n’est pas un canal autorisé pour le partage d’informations d’une nature aussi sensible, qu’elles aient été estampillées “top secret” ou non.Il y avait un autre problème potentiel : Waltz avait réglé la disparition automatique de certains messages du groupe Signal au bout d’une semaine, et d’autres après quatre semaines. Cela soulève des questions quant à une possible violation de la loi fédérale sur les archives : les messages textuels relatifs à des actes officiels sont considérés comme des documents devant être conservés.”En vertu des lois sur les archives applicables à la Maison-Blanche et aux agences fédérales, il est interdit à tous les employés du gouvernement d’utiliser des applications de messagerie électronique telles que Signal pour des activités officielles, à moins que ces messages ne soient rapidement transférés ou copiés sur un compte officiel du gouvernement”, a déclaré Jason R. Baron, professeur à l’université du Maryland et ancien directeur des contentieux de la National Archives and Records Administration, à Harris.Le précédent Hillary Clinton”Les violations intentionnelles de ces exigences peuvent donner lieu à des sanctions disciplinaires. En outre, des organismes tels que le ministère de la Défense limitent la messagerie électronique contenant des informations classifiées aux réseaux gouvernementaux classifiés et/ou aux réseaux dotés de fonctions de cryptage approuvées par le gouvernement”, a déclaré M. Baron.Plusieurs anciens responsables américains ont déclaré à Harris et à moi-même qu’ils avaient utilisé Signal pour partager des informations non classifiées et discuter de questions courantes, en particulier lorsqu’ils voyageaient à l’étranger sans accès aux systèmes du gouvernement américain. Mais ils savaient qu’ils ne devaient jamais partager d’informations classifiées ou sensibles sur l’application, car leurs téléphones auraient pu être piratés par un service de renseignement étranger, qui aurait pu lire les messages sur les appareils. Il convient de noter que Donald Trump, en tant que candidat à la présidence (et en tant que président), a demandé à plusieurs reprises et avec véhémence que Hillary Clinton soit emprisonnée pour avoir utilisé un serveur de messagerie privé pour des activités officielles lorsqu’elle était secrétaire d’État. (Il convient également de noter que Trump a été inculpé en 2023 pour mauvaise gestion de documents classifiés, mais que les charges ont été abandonnées après son élection.)Waltz et les autres responsables ministériels enfreignaient déjà potentiellement les règles gouvernementales et la loi rien qu’en s’échangeant des messages à propos de l’opération. Mais lorsque Waltz a ajouté un journaliste, vraisemblablement par erreur, à son comité des directeurs, il a créé de nouveaux problèmes en matière de sécurité et de légalité. Désormais, le groupe transmettait des informations à une personne non autorisée à les recevoir. C’est la définition classique d’une fuite, même si elle était involontaire, et même si le destinataire de la fuite ne croyait pas réellement qu’il s’agissait d’une fuite avant que le Yémen ne soit attaqué par les États-Unis.Depuis le début, les membres du groupe Signal étaient conscients de la nécessité du secret et de la sécurité des opérations. Dans son texte détaillant les aspects de l’attaque à venir contre des cibles houthistes, Hegseth écrivait au groupe – qui, à ce moment-là, m’incluait – : “Nous sommes actuellement clean sur OPSEC (NDLR : “la sécurité opérationnelle).”Cet article est paru le 24 mars en version originale sur le site du magazine The Atlantic. © 2025 The Atlantic. Distributed by Tribune Content Agency. Traduction : L’EXPRESS
Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/exclusif-larticle-de-the-atlantic-a-lorigine-du-signal-gate-le-scandale-qui-fait-trembler-trump-HOXU5EBAEVB4LMD3RSUKLS4DBI/
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Publish date : 2025-03-26 16:00:00
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Saturday, March 29