C’est une erreur digne d’une série politique à suspense. L’administration Trump concentre les critiques ces dernières heures pour avoir divulgué par erreur à un journaliste de The Atlantic des informations sensibles sur les frappes menées par les États-Unis au Yémen contre les rebelles houthis. Détaillée dans la presse lundi 24 mars, la bévue fait les gros titres aux États-Unis, l’opposition démocrate dénonçant une “faille de sécurité opérationnelle” majeure.”Il semble pour l’instant que la chaîne de messages dont fait état l’article soit authentique, et nous cherchons à savoir comment un numéro a été ajouté par erreur”, a réagi le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, Brian Hughes, à propos de ce couac. Si la Maison-Blanche assure encore avoir “la plus grande confiance” vis-à-vis des responsables présents sur le groupe, Donald Trump, lui, a affirmé “ne rien savoir” sur ce dossier.Que s’est-il passé exactement ?L’affaire est rocambolesque. Comme beaucoup de reporters, Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef du magazine américain The Atlantic, détient un compte Signal. Cette messagerie cryptée est un outil de travail pour de nombreux journalistes, qui communiquent souvent avec des sources politiques via ce canal, censé garantir à leurs échanges une certaine confidentialité. Le 11 mars, Jeffrey Goldberg est donc contacté par Mike Waltz, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump. Rien d’anormal jusque-là. Mais, dans les jours suivants, une étrange invitation se glisse dans sa boîte de réception. Un groupe, où figurent la plupart des hauts responsables de l’administration américaine, lui autorise l’accès à ses discussions.Outre Mike Waltz, Jeffrey Goldberg est interpellé par le profil des 18 personnalités présentes sur la boucle. On y retrouve le vice-président américain J.D. Vance, le ministre de la Défense Pete Hegseth, le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire au Trésor Scott Bessent, la directrice du renseignement Tulsi Gabbard, le patron de la CIA John Ratcliffe ou encore le conseiller du président Trump Stephen Miller. Tous discutent en détail de prochaines frappes à mener sur les rebelles houthis au Yémen, un groupe allié au Hamas palestinien.Plusieurs échanges sont rapportés par Jeffrey Goldberg dans son article publié sur le site de son journal. J.D. Vance se montre ainsi réticent aux bombardements poussés par son ministre de la Défense, Pete Hegseth. “Si tu penses qu’il faut le faire, allons-y. C’est juste que je déteste venir au secours des Européens encore une fois”, fustige le numéro deux de la Maison-Blanche. Son interlocuteur défend sa proposition en évoquant la nécessité de “rouvrir les liaisons” maritimes dans le canal de Suez, par lequel ne passent plus les navires de marchandises américains à cause de l’instabilité régionale. Mais le responsable va tout de même dans le sens de J.D. Vance, critiquant ce qu’il considère comme “le comportement profiteur des Européens”. “C’est PATHÉTIQUE”, tance-t-il en lettres capitales dans la suite de son message.Jeffrey Goldberg, lui, reste sous le choc : le voilà au courant, sans l’avoir demandé, d’”informations précises sur les armes, les cibles et les horaires” des frappes américaines au Yémen. Des données qu’il n’a pas partagées dans son article, pour des raisons de sécurité. “Le monde a appris peu avant 14 heures […] le 15 mars, que les États-Unis bombardaient des cibles houthies à travers le Yémen”, écrit le journaliste. “Cependant, deux heures avant l’explosion des premières bombes, je savais que l’attaque était imminente. Je le savais grâce au message de Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense, qui m’avait envoyé le plan de guerre à 11h44.”Quelles sont les réactions aux États-Unis ?Forcément, l’affaire fait grand bruit outre-Atlantique. Comment ce journaliste a-t-il pu avoir accès aussi facilement à ces informations top secret ? La Maison-Blanche dit mener une enquête pour le comprendre. En tout cas, Donald Trump le jure : il n’était au courant de rien. “Vous m’en parlez pour la première fois”, a-t-il indiqué lundi, interrogé sur le sujet par des journalistes. Avant de répliquer par une saillie envers le prestigieux magazine américain, souvent critique de la politique menée par le républicain : “Je ne suis pas un grand fan de The Atlantic. C’est un journal qui va faire faillite.” Pete Hegseth, directement mis en cause par les révélations du média, a pour sa part ciblé le journaliste, un homme selon lui “sournois et très discrédité”.Dans la presse américaine, beaucoup de titres s’interrogent sur les circonstances de cette erreur. CNN rappelle ainsi que “le manque d’expérience en tant qu’officiel” de Pete Hegseth avait déjà été pointé du doigt au moment de sa prise de fonction à la Défense. Trois sénateurs républicains, dont l’influent Mitch McConnell, s’étaient joints aux voix des démocrates pour tenter d’invalider sa nomination. Finalement confirmé grâce au vote décisif de J.D. Vance, cet ex-militaire et chroniqueur de la chaîne conservatrice Fox News voit donc cet argument d’illégitimité ressurgir avec ce scandale.De son côté, le Washington Post ne manque pas de pointer l’ironie de l’incident. Le journal de la côte est rappelle qu’un des principaux arguments de Donald Trump pour discréditer sa rivale Hillary Clinton lors de sa campagne pour l’élection présidentielle de 2016 était son rôle dans “l’affaire des e-mails”. À l’époque, le milliardaire appuyait sur l’erreur qu’avait commise la démocrate en utilisant une adresse mail personnelle pour communiquer sur des dossiers sensibles lors de son passage au département d’État. Une pratique interdite par le droit américain – ce qu’elle avait initialement contesté. Après les révélations de The Atlantic, la candidate malheureuse à la Maison-Blanche s’est fendue d’un tweet sur son compte X : “Dites-moi que c’est une blague.”De manière plus générale, l’opposition démocrate s’est offusquée de la nouvelle. “D’un point de vue de sécurité opérationnelle, c’est le plus grand foirage possible. Ces gens ne peuvent pas assurer la sécurité de l’Amérique”, a notamment déploré l’ex-secrétaire aux Transports Pete Buttigieg, une des étoiles montantes du parti. Le président de la minorité démocrate au Sénat Chuck Schumer a quant à lui appelé à une “enquête complète”, s’étonnant d’”une des fuites de renseignement militaire les plus stupéfiantes […] depuis très, très longtemps”. Une question reste en tout cas en suspens pour le moment, comme l’a formulée la sénatrice du Massachusetts Elisabeth Warren : “Quelles autres conversations hautement sensibles sur la sécurité nationale ont lieu sur les chats de groupe ? Y a-t-il d’autres personnes ajoutées par erreur ?”
Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/fuite-de-plans-top-secrets-ce-que-lon-sait-de-la-grosse-bourde-de-ladministration-trump-UPDEWMVKUJDD7GX73E656CVAHE/
Author :
Publish date : 2025-03-25 10:06:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.
Trending
- Bus driver in Virginia Giuffre crash paints a very different picture to her account
- He’s offside – David Moyes bemoans Diogo Jota winner as Liverpool edge derby
- Canada Trump tariff exemption ‘like dodging a bullet into the path of a tank’, says business leader
- ‘I was a Premier League referee, but now I’m learning to walk again’
- Heartbreaking new details emerge about Val Kilmer’s final days before shock death aged 65
- Demokrat Cory Booker: US-Senator erleidet Krämpfe bei Abrechnung mit Trump – Rekord-Rede im Video
- Großes Pädophilen-Netzwerk ausgehoben – 79 Festnahmen
- Abkehr vom MSCI World und Amerika-ETFs? Das sind die neuen Sparplan-Favoriten
Thursday, April 3