L’Express

La lâcheté financière mène à l’impossibilité de l’action publique, par Nicolas Bouzou

Le ministère de l'Economie, dit Bercy, le 15 novembre 2022 à Paris




L’histoire de la pédagogie sur la question de finances publiques est celle d’un échec. Ni les économistes, ni les journalistes, ni les quelques politiques qui ont compris l’ampleur du sujet ne sont parvenus à convaincre nos concitoyens qu’il y avait là un problème qui pouvait oblitérer l’avenir de notre pays. Et c’est vrai, les notions mises en avant sont trop abstraites. Un déficit public qui représente 5 % du PIB. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Et puis 5 %, ce n’est finalement pas énorme. Et une dette de 110 % du PIB ? Après tout, dès qu’on souscrit un crédit immobilier, on se retrouve avec un encours de dette supérieur à nos revenus. Alors où est le souci ?Or il y a bien un problème. Je vais donc cette semaine essayer d’envisager la question autrement, en analysant les recettes et les dépenses de l’Etat en 2023. Le ministère des Comptes publics vient de publier les comptes de décembre 2023 il y a quelques jours, ce qui permet d’avoir une vision de l’ensemble de l’année dernière. Ces chiffres sont limités à l’Etat, c’est-à-dire qu’ils ne prennent en compte ni la sécurité sociale ni les collectivités locales. De toutes façons, les finances de ces dernières ne posent pas de problème.Une ville, un département ou une région n’a pas le droit de voter un budget de fonctionnement en déséquilibre. Seul l’investissement peut être financé par de la dette. Il est à cet égard piquant de constater que l’Etat est si souvent enclin à donner des leçons de saine gestion aux collectivités locales alors qu’il serait bien incapable de s’imposer les contraintes financières légales auxquelles elles sont soumises. L’Etat n’investit quasiment pas, et ses déficits sont colossaux.L’austérité est une fableEn 2023, le déficit de l’Etat s’est monté à 173 milliards d’euros. C’est 22 milliards d’euros de plus qu’en 2022. On peut déjà remarquer que ce chiffre est très proche de celui de 2020, l’année du Covid qui était celle du « quoi qu’il en coûte ». On pourrait donc être amené à penser que le Covid nous a plongés dans un « quoi qu’il en coûte » chronique. Il faudra énormément de courage et de pédagogie pour en sortir. En 2023, l’Etat a dépensé 454,6 milliards d’euros, 2 milliards de plus qu’en 2022. L’austérité est donc une fable. Notre Etat est toujours plus dépensier. De leur côté, les recettes publiques ont représenté 348 milliards d’euros, en baisse de 6 milliards. En cause : la diminution du rendement de l’impôt sur les sociétés en raison de la hausse des coûts de l’énergie qui a fait baisser les profits. Des entreprises moins riches, c’est un Etat plus pauvre.Que tirer de ces chiffres du point de vue de l’analyse financière ? Que 37 % des dépenses de l’Etat ont été financées à crédit. Voilà un chiffre concret, colossal, qui donne l’ampleur du problème financier auquel il fait face. Pour revenir à l’équilibre, l’Etat devrait donc réduire ses dépenses de près de 40 %. Cela semble impossible, même à moyen terme, mais cela permet de comprendre que l’effort demandé par Bruno Le Maire, à savoir trouver 12 milliards d’euros cette année, est louable mais très loin de ce qu’il faudrait faire pour commencer à être sérieux.Peut-on continuer comme ça ? Oui. On peut vivre avec de tels déficits, même gigantesques, tant que l’on trouve des créanciers pour nous prêter. Et on en trouve : parce que l’activité économique de la France n’est pas moribonde, parce que le taux de recouvrement des impôts est l’un des plus élevés au monde, parce que notre marché obligataire est profond et liquide. Simplement, l’Etat ne s’endette plus à 0 % comme au temps de l’économie pré-Covid mais à 2,7 % à dix ans, ce qui signifie qu’une part toujours plus importante de nos impôts paie les intérêts de la dette. En 2027, d’après la Cour des comptes, ce poste budgétaire sera le premier poste de dépenses de l’Etat, devant l’éducation, la défense, la sécurité ou la transition écologique. Voilà le vrai problème, voilà où nous mène la lâcheté financière : à l’impossibilité de l’action publique dans tous ces domaines et à l’inéluctable effacement de la décision au profit de la communication qui, elle, ne coûte rien financièrement.Nicolas Bouzou, économiste et essayiste, est directeur du cabinet de conseil Astères



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Author : Nicolas Bouzou

Publish date : 2024-02-20 06:33:52

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