L’Express

Amélie Oudéa-Castéra, les coulisses d’un calvaire : « Je ne la reconnais plus »

La ministre des Sports, de la Jeunesse, des JO et de l'Education nationale, Amélie Oudéa-Castéra, le 8 janvier 2024 à Paris




15h24, le jeudi 25 janvier. Une « note aux rédactions » du service de presse d’Amélie Oudéa-Castéra tombe dans la boîte mail des journalistes : elle annonce un déplacement dans un lycée technique et professionnel près d’Orléans. Début de la visite à… 16h30. Soit une heure plus tard. L’équipe de la nouvelle ministre de l’Education nationale voudrait décourager la presse de couvrir l’événement qu’elle ne pourrait s’y prendre plus efficacement. L’avant-veille, déjà, elle s’était rendue, de manière impromptue, dans un collège près de Reims : selon le journal local L’Union-L’Ardennais, qui est parvenu à se greffer à l’excursion en dernière minute, les enseignants avaient interdiction de parler du voyage pour permettre à la ministre « d’éviter les questions embarrassantes » liées à la grappe de polémiques qui ont émaillé ses premiers jours Rue de Grenelle. Amélie Oudéa-Castéra voudrait-elle disparaître des radars ? S’accorder une diète médiatique ? « On ne court pas les plateaux, c’est sûr, reconnaît-on au sein de son équipe. Et puis, quel est l’intérêt d’organiser des micros tendus à la sortie du collège si toutes les questions n’ont rien à voir avec le déplacement ? »Le risque est de taille, c’est vrai, mais proportionnel au calvaire vécu par Amélie Oudéa-Castéra depuis sa promotion dans le nouveau gouvernement de Gabriel Attal. Un chemin de croix rarement observé pour un ministre à qui l’on confie le dossier prioritaire d’un quinquennat, engagé avec ces quelques mots : « Nous avons vu des paquets d’heures qui n’étaient pas sérieusement remplacées, à un moment on en a eu marre », a déclaré celle que l’on surnomme « AOC » pour justifier le placement de son fils aîné à l’école privée catholique Stanislas, dans le VIe arrondissement de Paris. Seulement, ces absences à l’école publique Littré n’ont jamais existé. Là voilà prise en flagrant délit de tromperie, devant enseignants et surtout parents, là où son prédécesseur avait pris son poste en les pouponnant. Un député se remémore ce qu’une dame croisée dans le Sud-Ouest lui a assené : « Le problème, c’est que maintenant, je sais que la ministre de l’Education est une menteuse. »Amélie Oudéa-Castéra n’avait sans doute pas imaginé qu’elle subirait ses premiers sifflets et huées devant une cour d’école boisée. Le matin du 16 janvier, elle débarque à Littré pour faire vœu de pénitence. La ministre de l’Education a pris conscience qu’elle avait plongé cet établissement public renommé dans un profond désarroi. « C’est la meilleure école publique du quartier, elle est extraordinaire. Et, malheureusement, l’épisode a eu un impact considérable sur le corps professoral et les parents d’élèves », regrette Maud Gatel, la députée MoDem de la circonscription parisienne, qui n’a eu d’autre choix que de présenter ses excuses à la directrice de l’école au lendemain de la déclaration malheureuse de la ministre. Voici venu le tour d’Oudéa-Castéra de se confondre en excuses. Certaines mauvaises langues, au sein même du gouvernement, croient savoir que c’est Matignon, désireux de garder l’Education dans son giron, qui a envoyé sa ministre au pilori « pour la flinguer ». En réalité, la consigne a été donnée directement par l’Elysée : il faut une purge, une vraie, une belle, pour repartir de zéro. « Les poubelles sont vidées, maintenant elle ne peut que remonter », estimait-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron.Au contraire, Amélie Oudéa-Castéra creuse au gré des révélations qui pullulent dans la presse. Depuis, les orientations ultraconservatrices de Stanislas, homophobes notamment, ont été mises en lumière ; Mediapart a révélé que la ministre avait placé son fils dans une classe non mixte et que l’école avait monté un système de contournement de Parcoursup, ce que son directeur a confirmé sur le plateau de BFM TV. « Elle a rouvert, malgré elle, tout le conflit public-privé, se désolait un membre du gouvernement qui l’apprécie. Tous les opposants au système privé y voient l’opportunité de reprendre le combat et, de fait, cela leur donne une prise légitime pour dire que l’Etat n’a pas à financer les délires de Stanislas. » Dernièrement, un rapport parlementaire a épinglé les rémunérations « très élevées, voire anormales » des patrons du sport français, dont celle d’Oudéa-Castéra lorsqu’elle était à la tête de la Fédération française de tennis. Un flot ininterrompu de révélations qui inquiètent ses collègues du gouvernement, tant sur son moral – « Elle fait vraiment très fatiguée, elle est dans un état où je commence à avoir un peu peur pour elle », confie un ministre – que sur ce chantier de l’Education qu’elle emporte dans sa chute.A l’image écornée à l’extérieur s’ajoute la perte de crédit à l’intérieur. Si Gabriel Attal est agacé – au point de sembler ne pas exclure son remplacement précipité -, ce n’est pas seulement par ce calendrier de l’Avent des mauvaises nouvelles où chaque jour, ou presque, renferme une affaire. La maladresse de sa successeure a également considérablement effrité le lien qu’il était parvenu à tisser, en l’espace de seulement six mois, avec les organisations syndicales de l’Education nationale. Le 15 janvier, une poignée d’heures après les révélations de Libération sur ses mensonges concernant le départ de son fils vers le privé, Amélie Oudéa-Castéra rencontre au ministère les représentants des enseignants dans une ambiance glaciale. Le malaise est palpable : beaucoup la décrivent décomposée, livide, condamnée à ouvrir la table ronde par une kyrielle d’excuses. Celle dont on louait la méticulosité et l’esprit combatif lorsqu’elle n’avait que les Sports dans son portefeuille déçoit ses interlocuteurs par un discours abstrait, sans envergure, apathique. La métamorphose d' »AOC » surprend Elisabeth Allain-Moreno, la secrétaire générale du SE-Unsa : « J’ai travaillé avec elle par le passé, notamment sur le programme sport à l’école, ça avait été très productif, j’avais en face de moi une personne qui avait de l’assurance, des convictions, de la poigne. Je ne reconnais plus du tout la femme politique que j’avais connue. » Comment réparer ce qui a été cassé dès les premières heures avec ces syndicats peu réputés pour leur indulgence ? Est-ce seulement possible ? « Pour les collègues, elle est déjà cataloguée, grillée. On ne voit pas comment on pourrait soutenir une ministre qui a autant de casseroles aux pattes », tranche le président du Syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur (Snalc) Jean-Rémi Girard.Si Amélie Oudéa-Castéra voit son bail prolongé Rue de Grenelle, ce ne sont pas des trésors, mais des merveilles d’inventivité et de pugnacité qu’elle devra déployer pour ne pas être lâchée en rase campagne par ce pan important de sa clientèle. A l’Elysée comme à Matignon, on n’escompte pas revivre la fin de règne de Jean-Michel Blanquer. Pour l’heure, Emmanuel Macron temporise : il teste sa ministre jusqu’à la seconde phase de la composition du gouvernement et parie sur le tassement des affaires. Mais lorsqu’on est à l’Education nationale, peut-on réellement se sortir d’un tel sursis ?



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Author : Erwan Bruckert

Publish date : 2024-01-31 17:30:59

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