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Allemagne : comment les Verts sont devenus la bête noire des agriculteurs

"Trop c'est trop" et "l'agriculture se pense en générations pas en périodes législatives" peut-on lire sur des pancartes d'agriculteurs en grève à Halle an der Saale, en Allemagne de l'est, le 8 janvier 2024




Les Verts ne sont plus des « rigolos », comme dans les années 1980 et 1990, mais des « ennemis ». Les paysans allemands, qui les considéraient comme des « idéalistes romantiques », jugent désormais qu’ils représentent une menace pour l’avenir. « Pour la patrie, chassons les écologistes du pays », lisait-on ainsi sur un tracteur lors d’une des nombreuses journées d’action nationale, à la mi-janvier.Boucs émissaires de tous leurs problèmes, les Verts, au pouvoir à Berlin et dans plusieurs Länder (régions), sont accusés d’être une « élite urbaine » pétrie d’idéologie. Le ministre écologiste de l’Agriculture, Cem Özdemir, se fait siffler à chacune de ses interventions. Les plus radicaux ont empêché Robert Habeck, le ministre de l’Economie et du Climat, de débarquer début janvier d’un ferry sur les côtes de la mer du Nord, de retour de vacances.Mesures prises à la va-viteLes agriculteurs sont dans la rue depuis le début de l’année pour protester contre les mesures d’économie du gouvernement Scholz prises à la va-vite, sans consulter les représentants du monde agricole. Ils semblent décidés à continuer le mouvement tant qu’ils n’auront pas obtenu gain de cause. « Si rien ne change, je n’exclus plus une éruption », a prévenu le président de la Fédération des agriculteurs, Joachim Rukwied. »Les Verts donnent l’impression de prendre des décisions sans considérer les conséquences économiques et sociales sur le terrain, analyse Klaus Dörre, sociologue du travail à l’Université de Iéna. En supprimant brutalement les subventions au diesel, ils ont déclenché la même vague de colère qu’après la décision d’Emmanuel Macron sur la hausse inopinée du prix des carburants en 2018. » »Cette décision a été le déclic », confirme Ursula Münch, directrice de l’Académie de science politique de Tutzing, en Bavière, qui établit elle aussi un parallèle avec les gilets jaunes. Et de préciser : « Ce gouvernement est composé de gens qui ignorent souvent ce qu’il se passe dans les campagnes ».Bureaucratie écrasanteEn 2019, la pétition « Sauvez les abeilles ! », en Bavière, avait engagé le divorce. Les agriculteurs bavarois, qui ne peuvent plus faucher l’herbe librement dans leurs prairies, ont interprété la nouvelle loi sur la biodiversité comme une tentative de mise sous tutelle. « La réduction de la consommation de viande, nécessaire pour le climat, est une idée écologiste, ajoute Ursula Münch. Pour les agriculteurs, c’est une déclaration de guerre. »Le malaise des agriculteurs est cependant bien plus profond. « Quand 40 % du prix du pain en boulangerie allait directement dans la poche des agriculteurs en 1950, c’est seulement 5 % aujourd’hui », complète Klaus Dörre. Comme en France, le monde paysan se sent écrasé par la bureaucratisation, les règlements et directives européennes. Il dénonce notamment la « protection débile des loups », le « soja de merde » en provenance d’Amérique du Sud ou « l’exploitation des paysans par les grands distributeurs ».En Allemagne aussi, les petites exploitations disparaissent au profit des plus grandes. Depuis 2003, le nombre des fermes laitières (l’Allemagne est le premier producteur de lait en Europe) a été divisé par deux. Dans le même temps, le nombre de vaches par exploitation a doublé. Une concentration qui devrait, comme dans l’Hexagone, se poursuivre ces prochaines années. Comme le mal-être des campagnes si rien ne change.



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Author : Christophe Bourdoiseau

Publish date : 2024-01-31 07:17:36

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